J’aurais pu aimer
Lothar Matthaüs. Avec ses 150 sélections sélections nationales, son record absolu de 25 matchs disputés en Coupe du monde lors de 5 phases finales, avec son Ballon d’or 1990 et ses titres en
pagaille. J’aurais même pu l’admirer. Mais je n’aime pas Lothar Matthaüs.
Par Bruno GODARD
Pourtant, il ne m’a rien fait. Il est moins grand et moins beau que moi. Je ne l’ai pas surpris avec ma femme… Non, Lothar Matthaüs a fait bien pire…Il était assis sur le banc de l’équipe
d’Allemagne, le 8 juillet 1982, ce jour maudit et béni où je suis né et mort sur la pelouse de Séville. Ce jour-là, il n’a pas joué, mais il était là. Dans l’armée des méchants. Il appartenait à
ce groupe de barbares qui a tué Dieu, Jésus et ses apôtres. Dieu, c’était Platini. Jésus, c’était Batiston et les apôtres, Lopez, Amoros, Trésor, Giresse et les autres.
Alors, je ne peux que souhaiter du mal à Lothar Matthaüs. Car je ne peux pas m’empêcher de penser que ce type à manger à la même table de l’ignoble Horst Hrubesch. Je n’arrive pas à oublier que
Lothar a pris des douches avec l’immonde Schumacher, qui a tenté d’assassiner Battiston. Chaque fois que je vois Matthaüs, je pense à Didier Six. Rien que pour ça, je pourrais le tuer. Et je
serais acquitté par n’importe quel jury populaire…
Aujourd’hui encore, Lothar et ses sbires m’empêchent de vivre normalement. Enfant, à cause d’eux, je n’ai pas pris allemand en deuxième langue. Du coup, je n’ai jamais été dans la classe de
Claire Belcourt, la plus belle fille du collège. Plus tard, ils m’ont empêché de basculer dans la frénésie sexuelle avec les jeunes Teutonnes que je rencontrais. Au début, je les trouvais belles.
Et puis la seconde d’après, je trouvais qu’elles avaient le front large de Hrubesch et la moustache naissante de Stielike…
Je devrais être raisonnable maintenant. J’ai fait ma vie. J’ai connu des tas de fille, Claire Belcourt doit être flétrie. Je devrais penser au rapprochement franco-allemand, passer à autre chose.
Me dire que Matthaüs n’avait que 21 ans, qu’il n’a rien fait de mal ce pour-là. Mais voilà, je n’y arrive pas…
Tu sais Lothar, si un jour je te croise, tu prendras pour tous les autres. C’est toi qui paieras. Je te casserai les dents. En prenant mon élan et en te mettant un bon coup de hanche dans la tête
comme l’a fait ton camarade Harald. Je pourrais enfin commencer ma vie, puisqu’elle aura eu un sens. Je serais celui qui a vengé les enfants de Séville…
Tiré de "L'Optimum"