

Je travaille avec une figure légendaire du Racing Club de Strasbourg, à l'origine de l'exploit le plus retentissant qu'ait accomplit le club sur la scène
européenne. Malheureusement, cette figure est totalement trop méconnue du grand public. Il était temps, 27 ans après, de la réhabiliter enfin. Il s'agit de Christian S.
Interview-révélation.
Boogie :
Alors Christian, raconte-nous donc en quoi tu es une figure légendaire de notre si cher Racing…
Christian : Bon, ben rentrons dans le vif du sujet. La victoire du Racing contre le Dukla Prague le 07/11/1979 et la qualification pour les ¼ de finale de la coupe d’Europe des clubs
champions, c’est grâce à moi !
Boogie : Euh, comment ça… Tu t’étais déguisé en Decastel ou quoi ?
Christian : (rires) Non, pas vraiment, même si ce soir là, j’étais bien présent au stade de la Meinau. A l’époque, j’avais une vingtaine d’année et j’étais pion au lycée Couffignal de
Strasbourg, qui se trouve tout juste à coté de la Meinau, que je fréquentais donc assidûment.
Boogie : Ok, mais revenons donc à ce match.
Christian : Bien sûr… Bon, il faut bien évidemment le resituer dans son contexte. D’abord, sur le plan sportif, le Racing s’était incliné au match aller à Prague sur la plus petite des
marges, 1-0, et le Racing se devait absolument de l’emporter 2-0 sans prendre de buts pour se qualifier. Ensuite, sur le plan de l’anecdote, il faut se rappeler que le Racing venait d’être sacré
pour la première fois de son histoire champion de France, avec à sa tête un certain
Gilbert Gress. Afin de défendre ce titre la saison suivante, le président du
Racing,
André
Bord, avait frappé un grand coup sur le marché des transferts. Il avait en effet réussi à recruter le goleador
Carlos Bianchi, meilleur buteur du champion de France à l’époque.
Malheureusement pour Carlos, il avait été recruté contre l’avis de Gress, qui le pris très vite en grippe, et ne le fit jouer que par intermitence. Il est vrai que Gress n’a jamais aimé les « stars
». La seule « star, » ça devait être lui… Et Carlos le paya au prix fort, malgré l’incompréhension d’une partie du public strasbourgeois, d’autant plus que les résultats sportifs, sans être
catastrophiques, restaient moyens pour le champion de France en titre. La veille du Match contre le Dukla, le Racing ne pointait qu’à la 6ème place du Classement, loin des ambitions affichées en
début de saison de conserver le titre.
Boogie : Revenons à ce match justement.
Christian : Oui, tu as raison. Donc ce soir là, Bianchi était bien évidemment sur le banc au début du match… Le Racing se devait de marquer au moins un but pour arracher les prolongations et
garder un espoir de qualification. Las, le Dukla se contenta de défendre et résista fort bien aux assauts timorés des bleus. Il est vrai que les consignes que Gress avait passé dans les vestiaires
étaient de ne pas se jeter en avant la fleur au fusil, mais plutôt d’éviter de se prendre un but assassin qui compromettrait tout. Bref, au bout d’une heure de jeu, le Racing n’avait toujours pas
trouvé de solution pour marquer ce petit but. Le public de la Meinau commençait à s’impatienter, d’autant plus que l’un des meilleurs buteurs en activité en Europe se morfondait sur le banc de
touche du Racing. N’en tenant plus, je décidais de réagir et je me mis à réclamer l’entrée en jeu de Bianchi en meuglant des « Bianchi !» tonitruants. Très vite, je réussis à contaminer toute la
tribune dans laquelle je me trouvais, et qui reprit donc en cœur mon fameux « Bianchi ! ». Et au bout de quelques secondes seulement, c’est toute la Meinau qui hurla comme un seul homme son désir
de voir enfin l’argentin faire son apparition sur le terrain.
Boogie : Et il entra donc en jeu.
Christian : Tout à fait. Gress céda à la pression populaire. Il remplaca
Joël Tanter par Carlos Bianchi. Et environ cinq minutes plus tard, le même Carlos
fit la différence sur son côté et donna, telle une offrande, la balle du premier but à Francis Piasecki. Ca y était. Le Racing était sur le point d’accrocher au minimum la prolongation. Tout le
monde connait la suite. La Racing poussa durant ses prolongations, soutenu par une Meinau chauffée à blanc, et Decastel marqua le but de la délivrance à deux minutes de la fin. Le Racing était en ¼
de finale de la Coupe d’Europe des clubs champions !
Boogie : Grâce à toi, en quelque sorte…
Christian : (il rougit) Oui, on peut le dire. D’ailleurs, les gens autour de moi dans la tribune ne s’y trompèrent guère et je dûs faire face à plus d’une accolade, et tout ça dans un esprit
bon enfant. Que des bons souvenirs…
Boogie : Merci Christian. Pour cette interview. Mais aussi et surtout pour ce petit coup de pouce au destin.
Pour en savoir plus :
-
7 novembre 1979 :
RCS - Dukla Prague par
schlesier;
-
Divorce à
l'alsacienne (André Bord/Gilbert Gress) par
aragon

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